Les Seigneurs De
LAUNAY-MOREL
Les Familles

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FAMILLE GOUYON DE VAUCOULEURS
Famille Gouyon de Vaucouleurs.
*
François Jean Servais.
*
Les troubles. *
L’émigration . *
Madame de Gouyon. *
Affaire des enfants Gouyon.
*
La famille à Jersey.
*
Le courrier des Princes.
*
L’arrestation. *
Jugement - exécution.
*
Le retour à la paix.
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Famille Gouyon de
Vaucouleurs. [table]
La
famille de Gouyon est connue depuis le 10ème siècle comme
l’une des plus chevaleresque de Bretagne. Elle a fait de nombreuses
branches et s’est alliée à presque toutes les premières familles de la
noblesse bretonne. Un Gouyon figurait déjà au fameux combat des Trente.
Ainsi une branche de ce nombreux lignage Gouyon, installée à Pleurtuit,
paroisse proche de Saint-Malo, les Gouyon de Saint-Loyal.
En 1692 Louis François Gouyon,
fils de François Gouyon sieur de Saint-Loyal et de Catherine de la Motte
Vauvert, est enseigne de vaisseau quand il se marie ; il est capitaine
d’un vaisseau corsaire en 1697. C’est un frère, Louis Marcel Gouyon, qui
épouse en 1698 une Malouine, Hélène Sohier, d’un lignage qui compte
plusieurs capitaines de navires. Ce mariage ayant lieu à Pleurtuit le 12
août 1698. Ce couple, capité 12 livres en 1710 et 10 en 1719, se situe
dans la petite noblesse. La vocation de cette famille pour la marine
marchande s’enracine dans cette famille puisque cinq descendants vont y
prendre de l’emploi. Deux d’entre eux épousent, respectivement en 1736
et 1752, une sœur et une fille de malouin François Lefebvre sieur des
Prés, capitaine de navire dont le père, était capitaine corsaire en 1690
et avait même armé quatre corsaires de 1697 à 1708. Cette famille était
un si bon parti qu’une autre sœur de François Lefebvre a épousé en 1725,
François Collas sieur de Boisbriend, dont plusieurs petit-fils feront
aussi leur apprentissage dans la marine marchande.
Servais François Gouyon sieur de
Vaucouleurs, fils de Georges et de Marie Renée de France qui était en
1729 employé " aux exercices " à la régie des fermes des États à
Saint-Malo et petit-fils de Louis Marcel Gouyon, comme ses cousins, ira
vers la marine marchande où il trouve à s’enrôler sur des navires de
pêche pour terre-neuve. Sa petite noblesse lui vaut de ne faire qu’un
voyage comme volontaire en 1740, il est enseigne dés 1741, second
lieutenant lors de son septième enrôlement en 1747 et second capitaine
lorsqu’il se marie avec Françoise Lefebvre à Saint-Servan le 18 avril
1752, fille et sœur de capitaine. Un mariage dans le milieu des gens de
mer était une étape déterminante dans la carrière des marins
gentilshommes qui généralement la franchissait le plus tôt possible,
parfois avant leur brevet de capitaine.
Servais Gouyon sieur de
Saint-Loyal est un fils cadet de Louis, capité dans la noblesse 12
livres en 1710. Il est reçu capitaine à Saint-Malo en 1739, puis, entré
dans la Compagnie des Indes, il n’y est promu lieutenant qu’en 1747, et
capitaine en 1752. Les avantages dans cette compagnie étaient
importants ; ses officiers étaient mieux rétribués que les marins
navigants pour des armateurs privés ; d’une part un officier de la
compagnie avait des facilités à y faire entrer des parents, Servan
Gouyon y a placé deux fils, et sans doute recommandé son cousin
François ; D’autre part les possibilités d’enrichissement ont été
alléchantes ; Servan Gouyon, cadet, n’avait déclaré que 150 livres de
rente en 1736 dans son contrat de mariage, et sa future, 550 livres ; en
1766 leur fils cadet Servais déclare en la même occasion 1200 livres.
Vers 1779, la compagnie étant
liquidée, Servais Gouyon " navigue seulement quand l’occasion s’en
présente " ; avec sa femme, " leurs biens réunis " sont évalués 1200
livres de rente. La compagnie a donc permis à ces cadets de famille de
se hisser dans la moyenne noblesse, à tel point que des deux fils de
Servais, l’aîné sera "élève de la marine royale " et l’autre entrera à
l’École royale militaire.
Au contraire, la carrière de son
cousin François Gouyon de Vaucouleurs qui avait épousé Françoise Perrine
Nicole Le Febvre de Mervilly sera dramatique. Après quinze voyages il a
lui-même passé son brevet et a commandé deux corsaires, le Cerf, 204
hommes d’équipage, pendant l’été 1756 au cours duquel il a été pris par
les Anglais et un autre en 1757-1758. En juin 1758 survient la
" descente " des anglais sur le port de Saint-malo, dont ils brûlent
" presque tous les navires marchands " (environ 80 à Saint-Servan) ; sa
femme Françoise Lefebvre, avait des parts d’intérêts dans plusieurs
navires brûlés, ce qui lui fit perdre 1600 livres, et des créances sur
plusieurs particuliers dont la ruine lui fit perdre encore 8000 livres.
La guerre, et notamment cette attaque sur Saint-Malo, diminuant
considérablement les occasions de s’embarquer, un enrôlement à Lorient
en septembre 1758 comme premier lieutenant sur un navire de la Compagnie
des Indes était donc une chance. François Gouyon part de Lorient en mars
1759 pour un deuxième voyage avec sans doute des pacotilles ; " ses
appointements, son port-permis et sa part aux prises faites sur les
Anglais " en quatre ans lui rapportent 30000 livres, selon l’inventaire
fait après son décès à l’Île-de-France le 11 juin 1763. La compagnie
devait donc à sa veuve cette somme, " qui ne lui a été payée par le
roi... qu’en billets de 1000 portant intérêt à 4%... " Voici donc encore
une famille à laquelle la guerre de sept ans a infligé de lourdes
pertes. La veuve ne possédait plus guère de capital. Des deux enfants,
le fils dut lui aussi faire ses débuts comme " marin au commerce ". La
carrière de François Gouyon précise les occasions d’enrichissement
rapide et considérable dont pouvaient bénéficier les officiers de la
compagnie, mais en souligne aussi la précarité et la contingence.
François Jean
Servais. [table]
François Jean Servais de Gouyon né à Saint-Servan le 4 juillet 1756,
fils de François Servais de Gouyon de Saint Loyal et de Françoise
Lefebvre, entra très tôt dans la marine.
En 1767, alors qu’il n’a que 11
ans, il est embarqué comme garde-marine à bord du vaisseau du roi
" l’Union ". Ce vaisseau de 64 canons et armé par 450 hommes d’équipage
est alors commandé par le comte Haudeneau de Breugnon, capitaine de
Vaisseau. Accompagné de " la Sincère " commandée par M. le comte de
Durfort, capitaine de Frégate, et la chaloupe canonnière " la Lunette "
commandée par M. de Kersaint enseigne de vaisseau, ces vaisseaux sont
envoyés par le roi en ambassade extraordinaire vers l’empereur du Maroc.
Le comte de Breugnon y signera un traité avantageux pour la France avec
le pacha du Maroc le 28 mai 1767.
En 1774, les colonies anglaises
d’Amérique se soulevèrent contre la métropole. Le congrès de
Philadelphie proclama l’indépendance des États-Unis d’Amérique que la
France reconnut en 1778. Louis XVI, déclara la guerre à l’Angleterre.
La guerre d’indépendance
américaine fournit de nombreuses occasions de servir dans la marine
royale. Cette guerre faites par les " patriotes " contre l’armée
anglaise leur a valu l’alliance de la France en 1778. Cependant dès 1777
partaient de France des volontaires français conduits par La Fayette
puis en 1780 l’intervention d’une division française conduite par
Rochambeau aidèrent à la défaite des Anglais. Des familles habituées à
la marine marchande en tirèrent profit. Ainsi François Jean Servais
Gouyon, fils orphelin de François Servais officier de la Compagnie des
Indes a fait " toutte cette guerre.... en qualité d’officier auxiliaire
et par sa bravoure a Meritté le brevet de lieutenant de fregatte " écrit
sa mère, qui " a fait deux fois le voyage de Paris a pied " pour
requérir une grâce sur le fonds du Port-Louis. En effet, l’ordonnance du
14 septembre 1764 concernant les officiers de la marine consacra
l’octroi des grades de lieutenant de frégate ou capitaine de brûlot à
des capitaines marchands ayant bien servi.
Les succès des Français sur mer,
de Washington aidé de La Fayette à Yorktown, quoique contrebalancés par
quelques revers, amenèrent à la fondation des États-Unis par la
signature du traité de Versailles en 1783.
François Jean Servais de Gouyon
seigneur de Vaucouleurs et de Prédéro, lieutenant de vaisseau, né à
Saint-Servan le 4 juillet 1756, fils de François Servais de Gouyon de
Saint Loyal ancien capitaine de vaisseau de la compagnie des Indes né à
Saint-Malo en 1729 qui avait épousé Françoise Perrine Nicole Le Febvre
de Mervilly et mourut à l’Ile de France, le 11 juin 1763, épousa, dans
la chapelle de Launay-Morel, le 7 juillet 1785, Adélaïde Renée du
Boisbaudry fille de Jean baptiste du Boisbaudry, seigneur de
Launay-Morel et de Renée Lefebvre.
Par ce mariage, Adélaïde Renée du
Boisbaudry transmet la seigneurie de Launay-Morel dans cette nouvelle
famille.
Le ménage Gouyon de Vaucouleurs
habita Roz-sur-Couesnon de 1785 à 1789 où il était imposé à 5 livres de
capitation. Sur le rôle de capitation il est mentionné sous le nom de
Gouyon de Launay-Morel.
Aux derniers jours de l’ancien
régime, une crise regrettable a secoué la noblesse bretonne et le
Parlement de cette province. Louis XVI, monarque ouvert aux idées
nouvelles, promulgua au moi de mai 1788, dans un esprit de progrès, des
édits tendant à la modernisation des juridictions et à l’unité de la
législation dans le royaume. Le but étant de briser l’opposition
toujours croissante des parlements, à retreindre leurs attributions et à
confier désormais, à une cour plénière, l’enregistrement de ses édits et
ordonnances.
Quoique modérée, cette réforme
souleva une opposition résolue de la part de la noblesse de la province
soutenue à fond par son Parlement qui s’accrochait à ses privilèges, en
lesquels elle proclamait y voir des " libertés " sacrées à défendre,
alors qu’elles n’étaient que des survivances.
En Bretagne, on fut indigné de ce
coup de force qui était la violation du contrat d’union à la France.
Profondément régionaliste, la noblesse se réunit à Rennes. Tous les
gentilshommes de plus de 25 ans et comptant plus de cent ans de
noblesse, soit environ 1300, étaient membres d’office de leur chambre
aux États de Bretagne qui se réunissaient tous les deux ans, soit à
Nantes, soit à Rennes. En l’espèce ils ont alors refusé, à l’unanimité,
le vote par ordre et public en " protestation solennelle " et dans une
séance des plus tapageuses, elle désigna douze gentilshommes, pour aller
porter au roi une adresse de protestation, revêtue de 1410 signatures.
" Nous, soussignés,
gentilshommes bretons, composant l’ordre de la noblesse... considérant
que... tout citoyen breton doit être attaché a leur conservation (des
lois constitutives)... que cet arrêt du Conseil est aussi contraire à
l’intérêt des peuples qu’à celui de la monarchie, du Roi, de la noblesse
française, dont les intérêts sont invariablement unis... que si aucun
gentilhomme consentait à être membre d’une pareille assemblée, quand
même il y paraîtrait forcé par des ordres qu’un citoyen ne doit pas
reconnaître quoiqu’ils sont contraires aux lois... nous le déclarons
traître à la patrie."
Cette protestation fut donc signée
par tous les gentilshommes bretons ; La tension monta à tel point que le
gouvernement crut devoir suspendre la mission des États réunis à Rennes
le 23 septembre 1788. Cette mesure donna prétexte aux scènes les plus
regrettables dans la ville de Rennes et la noblesse bretonne, toujours
fidèle à ses principes, refusa d’envoyer des députés aux états généraux
de 1789, alors que le clergé et le tiers état y nommèrent des
représentants.
François de Gouyon est l’un des
signataires des protestations de la noblesse en 1788.
Parmi les gentilshommes désignés,
était le marquis Charles Armand Tuffin de la Rouërie, le futur chef de
la conjuration bretonne, dont la région malouine allait être bientôt le
centre le plus actif.
Les troubles.
[table]
La
nuit du 4 août 1790, l’assemblée nationale a proclamé l’abolition du
régime féodal. Les paysans se sont alors cru entièrement libérés et
prétendirent n’avoir plus désormais aucune obligation vis à vis de leurs
ex seigneurs. En beaucoup d’endroits, ils s’opposèrent à la perception
des rentes, ils assiégèrent les châteaux, procédèrent au pillage et à la
destruction des chartriers, firent souscrire aux ex seigneurs des actes
par lesquels ceux-ci déclaraient renoncer aux droits qu’ils exerçaient
naguère. On accusa les nobles d’être responsables de la disette, des
bandes d’émeutiers se mirent dans les campagnes, à forcer les portes, à
piller, à saccager, les châteaux flambèrent. Nombre de seigneurs ne se
sentirent plus en sécurité dans leurs châteaux et les quittèrent vendant
même quelques biens. Ce fut la grande peur et l’émigration.
Les émeutes, les incendies de
châteaux, les exactions contre la noblesse s’accroissaient.
En 1789, le pays de Dol s’agite.
Le 6 août 1789, un garde national est tué par Magon de la Ville Huchet,
devant son château de la Touche Porée, dans la paroisse de Pleudihen. Le
romancier Claude Galocher a décrit de façon saisissante l’attaque du
château de Launay-Blot, à M. de Château d’Assy, en Baguer-Morvan, le 15
août 1789.
Plusieurs gentilshommes, prenant
peur des agressions verbales et réelles qui se propageaient contre les
nobles dans les campagnes mais ne désirant pas émigrer, demandèrent
asile à la municipalité de Saint-Malo. Le 17 août, le comte de Gouyon de
Beaufort lui demandait l’autorisation d’aller loger chez son gendre, M.
Locquet de Granville en sa maison rue de la Coudre. M.M. Locquet de
Château d’Assis, de Blossac, et de Grand’Rivière, dont les châteaux
venaient d’être pillés, firent semblable requête. Les nobles qui avaient
fui la ville de Rennes après les troubles du début de 1789 et s’étaient
réfugiés dans leurs châteaux, retournent en ville, venu l’été chaud,
quand l’insécurité gagne les campagnes.
En 1791 le ménage Gouyon de
Vaucouleurs était encore à Launay-Morel. Le 5 octobre 1791 Jeanne
Adélaïde du Boisbaudry consent un bail sous seing privé à Alexis Jannes
et son épouse Marie Auvray pour le château de Launay-Morel et ses
dépendances. La métairie de Launay-Morel est affermée à Julien Bigot par
un bail, en date du 3 août 1791, enregistré chez Sorel notaire à
Pontorson.
Jacques Robert employé comme
domestique habite au château ou il fait office de gardien. Le 19
prairial an 3 (7 juin 1794), il est soldat au 3ème bataillon
de Rouen La Montagne alors en garnison à Lesneven et il fait réclamer au
district de Dol, par sa sœur Jeanne Robert femme Lenouvel demeurant à
Dinan, les gages dus par le ménage Gouyon :
- Trois ans de gages comme domestique à raison de 45 livres par an,
soit : 135 livres ;
- Un an de gardiennage des meubles depuis l’émigration de Gouyon à
raison de 20 sous par jour et pour un an, soit : 365 livres
Madame Gouyon vend également la
saline des Quatre Salines à Noël Bonhomme qui par son contrat conserve
la faculté de prendre au Bois du Breil les fagots nécessaires pour
l’usage de la saline à raison de 8 livres le cent.
Les Gouyon-Vaucouleurs
s’installent alors à Pontorson. Quelques temps après ils partent habiter
à Saint-Servan. Mais bientôt les villes elles-mêmes ne paraîtront plus
sures, par un arrêté du 19 juillet 1792, c’est à dire au moment où la
patrie fut déclarée en danger, le conseil général de Saint-Malo décida
d’obliger tous ceux qui ne demeuraient pas à Saint-Malo avant la
révolution d’en sortir avec toute leur famille. C’est alors que se
développera l’émigration.
L’émigration.
[table]
Presque tous les émigrés ont quitté la France à une époque postérieure
au 21 juin 1791, beaucoup ne sont partis que dans les premiers mois de
1792, quelques-uns uns même en mai et juin. Par conséquent, pendant deux
ans au moins, les nobles qui constituaient non pas la totalité mais une
grande partie de l’émigration et qui en tout cas en ont donné le signal,
ont subi sans se révolter ouvertement toutes les mesures de persécution
légales et les avanies individuelles dirigées contre eux.
Il a fallu que louis XVI
manifestât publiquement, par sa tentative d’évasion, qu’il réprouvait le
nouvel ordre des choses et qu’en restant à paris il n’était pas libre de
s’y opposer pour que les émigrés suivissent l’exemple que le Roi leur
donnait ainsi.
Pour la plupart des officiers
ayant prêté le serment de fidélité au roi, la question ne se posait même
pas, l’honneur et le devoir les obligeaient à aller s’enrôler dans
l’armée des Princes qui, à la frontière de l’est, se préparait à venir
délivrer le Roi et le rétablir sur le trône de France.
Gouyon de Vaucouleurs émigra en
1791 et fit partie de l’armée des princes, compagnie des bretons. Dans
l’armée des Princes, les régiments étaient constitués par provinces, et
composés en majorité, de gentilshommes, tout heureux d’endosser
l’uniforme des simples soldats. Cet uniforme était couleur bleu de roi,
à retroussis d’hermine, dans le régiment du colonel breton, le comte de
Goyon-Miniac. En juillet 1792, ce régiment était à Trèves lorsque s’y
présentât François René de Chateaubriand. Le 1er septembre
1792, commença le siège de Thionville ; Il traîna en longueur. Après
Thionville, ce fut Verdun, et ce fut là le licenciement de cette armée.
Tous, avant de quitter leur chef, Condé, patriarche de la gloire, comme
l’appelle René, allèrent le saluer. Il leur donna sa bénédiction, en
pleurant sur sa tribu, et vit tomber les tentes de son camp, avec la
douleur d’un père qui voit s’écrouler le toit paternel.
" Quand, ajoute René, on
licencie une armée, elle retourne dans ses foyers, mais les soldats de
l’armée de Condé avaient-ils des foyers ? Où les devaient guider les
bâtons qu’on leur permettait à peine de couper dans les bois de
l’Allemagne, après avoir déposé le mousquet qu’ils avaient pris pour la
défense de leur roi ? "
Certains rentrèrent en France où
ils réussirent à se cacher au milieu de vassaux restés fidèles, d’autres
allèrent en Vendée ou se jetèrent dans les forêts de Bretagne et du
Maine, d’où allait sortir la chouannerie. D’autres enfin, par diverses
voies, la Belgique où la Hollande, réussirent à s’embarquer pour
l’Angleterre ou Jersey
François Gouyon de Vaucouleurs
quitta cette armée à Verdun et alla lui aussi se réfugier à Jersey.
Dans cette île, la situation des
nobles était en général fort précaire, rapidement s’étaient épuisés les
quelques louis hâtivement rassemblés dans la précipitation du départ, et
bien vite la principale ressource se résuma dans l’indemnité mensuelle
de 36 livres que leur comptait le gouvernement de Jersey.
En 1794 le gouvernement anglais va
former des compagnies nobles à Jersey, deux corps d’armées sous les
commandements du Prince de Léon et de du Trésor, la compagnie commandée
par le prince de Léon rassemblant tous les gentilshommes bretons. Les
émigrés anciens officiers allaient servir de cadres aux troupes
nouvelles.
En avril 1795, 232 volontaires se
présentent pour servir sous les ordres du Prince de Léon parmi eux on
relève le nom de Gouyon de Vaucouleurs, 34 ans, lieutenant de vaisseau,
entré au service en 1778, ainsi que les deux frères Mériadec Prudent
Gouyon de Saint-Loyal âgé de 25 ans et Gabriel Jean Gouyon de
Saint-Loyal âgé de 21 ans, tous les deux élèves de marine entrés au
service en 1789, qui sont ses cousins.
De nombreux gentilshommes du pays
de Dol sont également parmi ces volontaires : Ferron de la Sigonnière
âgé de 26 ans, Louis François de Gaudrion âgé de 18 ans, de Saint Pair
lieutenant de vaisseau âgé de 29 ans, de Saint-Genis âgé de 45 ans, de
Sceault lieutenant de vaisseau âgé de 44 ans, Vincent du Boscoët âgé de
31 ans, le chevalier Louis Malo du Breil de Chalonges comte de Landal
âgé de 42 ans, et Jean Baptiste Toussaint du Breil de Chalonges âgé de
39 ans, Jean Marie Pierre de La Forest âgé de 36 ans, de Boihüe âgé de
61 ans, Louis de Lorgeril âgé de 20 ans, Groult de Beauvais âgé de 49
ans.
Madame de Gouyon.
[table]
Madame Gouyon de Vaucouleurs était restée en France avec ses trois
enfants.
Elle va entreprendre une action en
séparation de biens entre elle et son mari auprès du tribunal du
district de Dol. Pour cela elle fera appel à René Jouquan avoué à Dol.
Elle émigrera sans lui payer ses honoraires qui se montaient à 33 livres
18 sols.
La situation étant devenue très
difficile, comme nous l’avons vu, elle décida de rejoindre son mari à
Jersey.
Le comte Joseph de Puisaye qui se
trouvait alors en Bretagne et dont la présence était désirée à Londres
prépara son départ. Sous la conduite de Prigent, en septembre 1793,
accompagné du chevalier Busnel, de son aide de camp Perchais, son fidèle
Laurent et de Madame la comtesse de Gouyon, il s’achemina vers la cote.
Au cours de ce voyage, elle fit plus d’une fois preuve de courage et de
présence d’esprit. Puisaye l’avait engagée à passer en Angleterre avec
l’assurance qu’elle y serait accueillie avec les égards dus à sa
naissance et à ses malheurs. D’abord hésitante, l’espoir d’être suivie
de ses trois enfants acheva de la décider. Plus tard, elle s’efforça
comme intermédiaire, de rendre des services à la cause royaliste. La
liste des pseudonymes des agents de correspondance indique ceux qu’elle
adopta ; l’un d’eux, emprunté à la nomenclature des impératrices
romaines, ne manque pas d’audace.
Lors du débarquement de Cormartin,
une escarmouche avec une patrouille républicaine obligea Puisaye à
modifier sa route et à se diriger vers la Rance. " ... après une marche
fatigante, obligés cependant quelquefois de passer sous les postes
ennemis et de répondre en courant au qui vive ? Je ne revenais pas de ma
surprise de la manière dont Madame de Gouyon supportait tout cela ; elle
donnait à tous l’exemple du courage ". Et plus tard : " Madame de Gouyon
ne pouvait plus être de la partie. Cela n’était pas au-dessus de son
courage, mais au-dessus de ses forces ; je la plaçai, habillée en
servante de campagne, dans une ferme où elle n’avait aucun risque à
courir sous ce déguisement, et je lui promis de lui envoyer un bateau
aussitôt que je serai rendu à Jersey ".
A Jersey, de Puisaye rencontra le
capitaine d’Auvergne, prince de Bouillon, qui commandait sous
Montorgueil, à la pointe orientale de l’île, une escadre de lougres,
côtres et autres petits bâtiments de guerre. Il avait reçu l’ordre de
conduire Puisaye à Southampton. Celui-ci lui fit part de la situation
dans laquelle il avait laissé la comtesse de Gouyon ; d’Auvergne se
chargea de lui faire effectuer son passage en toute sécurité ; et,
effectivement, à peine à Londres, Puisaye apprenait que madame de Gouyon
était arrivée à Jersey.
Le comte Joseph de Puisaye,
personnage énigmatique, après une vie fort agitée, en passant par le
clergé, l’armée des États généraux, la constituante, avait pu à forces
d’intrigues se faire reconnaître, par la Bretagne insurgée, comme
général en chef de l’armée catholique et royale. Il débarqua sous ce
titre en septembre 1794 à Londres où il réussit à se faire décerner par
le Comte d’Artois un brevet de lieutenant général.
Madame Gouyon fixa son séjour dans
cette île de jersey. Là, sous des pseudonymes aussi variés qu’étranges
(N, Messaline, Thérèse), elle s’est entièrement dévouée à la cause de
l’émigration. Son nom reparaît fréquemment dans les correspondances de
Puisaye et du Prince de Bouillon. Il est assez difficile de déterminer
exactement son rôle ; mais il n’est pas permis de douter qu’il fut des
plus importants. Son activité, les charmes de sa personne, de son esprit
vif et délié, quelque peu enclin à l’intrigue, son énergie dans les
circonstances les plus critiques, toutes ces qualités brillantes et qui
sont l’apanage naturel des héroïnes de roman la rendaient propre aux
négociations les plus délicates. Jouissant de la confiance illimitée de
Puisaye, elle dut être la confidente de ses vues les plus secrètes, et
son meilleur agent dans ces questions difficiles où le tact d’une femme
est la meilleure garantie de succès. Quoi qu’il en soit, elle ne put
échapper aux embarras d’argent dont souffraient cruellement la plupart
des émigrés.
L’existence d’un aussi grand
nombre de Français à Jersey s’avérait précaire et les ressources
générales et privées diminuaient avec le temps. Emprunter à Londres
était impossible étant donné le nombre de banqueroutes survenues à
l’époque. Hypothéquer ses biens, la noblesse bretonne n’y pouvait
songer, ne sachant souvent même pas s’ils n’avaient pas été déjà vendus
comme biens nationaux. Enfin certains éléments s’efforçaient d’exciter
la population contre les étrangers, leur attribuant en particulier la
cherté des vivres.
Du Boisberthelot, dans une lettre
qu’il lui adressait de Bath le 23 mars 1797, lui rappela assez fermement
une dette de cinquante louis.
" J’ai reçu, Madame la
comtesse, votre lettre du 9 du présent, par laquelle je vois que vous
n’avez pu satisfaire au désir pressant que j’avais que vous vinssiez à
mon secours quelques jours plus tôt que votre engagement ne le porte. Je
ne chercherais pas à interpréter par un sens forcé quelques termes de
votre lettre ; je voudrais que vous en fassiez autant..... et que vous
crussiez tout simplement à la pénurie dans laquelle je me trouve.....
Vous devriez encore bien Madame la comtesse, avoir la bonté de vous
persuader que vu mon caractère (que les temps n’ont pas changé), il
m’est suffisamment pénible de me rappeler à votre mémoire pour un objet
purement pécuniaire. Mais en même temps, je dois vous avertir, avec ma
franchise ordinaire, qu’il m’est impossible d’attendre un plus long
délai que celui que vous avez fixé vous-même. Autrement je me verrais
forcé de me rendre à Jersey pour vous importuner d’une manière aussi
désagréable pour vous que douloureuse pour moi. "
Affaire des enfants
Gouyon. [table]
Comme
nous l’avons vu plus haut, madame Gouyon de Vaucouleurs partie à jersey
dans des conditions assez périlleuse laissa derrière elle ses trois
enfants avoir l’espoir de pouvoir les faire venir auprès d’elle plus
tard.
Ces enfants restèrent seuls et
abandonnés à Roz sur Couesnon. Quelques personnes s’inquiétèrent de leur
sort dont Jean François Escallot de Marcey, ancien procureur fiscal de
Launay-Morel, la grand’mère Madame Lefeuvre de Mervilly et une tante
Renée Gouyon.
Secours pour les enfants des sieur et dame Gouyon
émigrés, le 31 juillet 1793.
"Vu la requête
du citoyen Baubigny, parent bienveillant des enfants des sieurs et dame
Gouyon émigrés tendant à obtenir des secours pour les dits enfants sur
le bien de leurs père et mère ; Vu celle de la municipalité de Roz sur
Couesnon, chef lieu de canton aux administrateurs du District de Dol,
pour le même objet, ensemble l’avis directoire du même district.
Les administrateurs
considérant que l’humanité commande de venir au secours des enfants
infortunés abandonnés par des pères barbares et gémissants dans la plus
affreuse misère, puisqu’ils sont réduits dans la plus tendre enfance à
mendier leur pain.
Considérant que la loi du 8
avril, art. 17 porte qu’on laissera aux enfants des émigrés la
jouissance provisoire du logement ou ils ont leur domicile habituel, des
meubles et effets mobiliers à leur usage ; Que l’art. 18. porte aussi
qu’il sera fait sur les biens personnels des émigrés au profit de leurs
enfants, une distraction d’une somme annuelle fixée par le directoire du
département sur l’avis du directoire du district du lieu du dernier
domicile connu de l’émigré et que le maximum de cette somme ne pourra
excéder le tiers du revenu net, lorsqu’il y aura plusieurs réclamants.
Considérant enfin qu’il est
attesté par la municipalité de Ros sur Couesnon que les dits Gouyon
émigrés ont plus de deux mille livres de rente.
Arrêtent que le revenu des
droits d’enregistrement à Dol payera sur les revenus dudit Gouyon père
qu’il a perçus, au citoyen Baubigny, la somme de six cens livres pour
les dits enfants Gouyon et ce provisoirement ; laquelle somme de 600 L.
sera passée et allouée au dit receveur, rapportant le présent bien et
düement quittancé.
Fait en directoire à Rennes
le 31 juillet 1793 l’an deux de la République Française."
Qui était ce sieur Baubigny ? Il
s'agit François Julien Jean de Baubigny , sieur du Ronceray paroisse de
Boussé en Normandie, époux d'Anne Françoise Desrieux fille de François
Louis Desrieux de la Turrie et Françoise Constance de Foix. Qu’a t-il
fait de cet argent ? Qu'a fait la famille pour ces enfants ? Toujours
est-il qu'ils n’ont pas du profiter de cet argent, trois ans plus tard
nous les retrouvons à Roz sur Couesnon dans le plus complet dénuement.
Lettre Françoise Lefebvre
" Aux administrateurs du département d’Ille et
Vilaine.
Expose citoyenne Françoise
Lefeubvre, veuve Gouyon Vaucouleurs, que par l’émigration de François
Gouyon, son fils et d’Adélaïde Boisbaudry, son épouse, trois enfants
issus de leur mariage dont l’un nommé François âgé de cinq ans, Adélaïde
âgée de neuf ans et Alexandrine Gouyon, âgée de sept ans, sont demeurés
errants dans la commune de Ros sur Couesnon, sous l’arrondissement de ce
département et n’ayant pour unique ressource, que ce que la bienfaisance
des citoyens de cette commune peut leur procurer ; la médiocrité de la
fortune de votre exposante, quoiqu’ayeule maternelle de ces pauvres
orphelins, ne lui permet pas de leur apporter aucun secours. Une loi de
92 demeurée sans application, avait paru admettre les enfants des père
et mère émigrés à jouir de quelques portions des héritages de leur père
et mère, mais il n’en est résulté autre chose, que l’espoir d’une
nouvelle loi en leur faveur.. cependant, combien d’enfants dans cette
attente gémissent sous le poids de la misère, et qui ne fera de plus en
plus qu’accroître.
Si vous ne daignez,
citoyens, apporter vous mêmes un remède, à leur misère, en leur
accordant une pension alimentaire provisoire sur le revenu de leur père
et mère, ou au moins solliciter de nouveau une loi qui admette les
enfants des père et mère émigrés a concourir au partage de leur bien
comme ses père et mère le son sur les biens indivis avec les émigrés et
qu’en prenant ces pétition en considération vous leur rendrez justice,
citoyens.
signé : Le Feubvre veuve
Gouyon de Vaucouleurs."
Lettre municipalité de Ros du 13 fructidor an 4 (30
août 1796).
" Nous soussignés
agent municipal de la commune de Ros sur Couesnon, chef lieu de canton,
département d’Ille et Vilaine, attestons qu’Alexandrine Gouyon âgée de
sept ans et François Gouyon âgé de cinq ans, enfants de François Gouyon
et d’Adélaïde Boisbaudry émigrés, y ont toujours résidé depuis leur
naissance. Savoir la fille chez Jacques Leroy et le garçon chez François
Belloir, que l’humanité souffre de les voir dans l’état où ils sont,
dénués de tout et presque sans vêtements alors que du propre de leur
mère ils ont dans cette commune près de deux mille livres de revenu,
pourquoi nous prévus les administrateurs du département de prendre en
considération la pétition leur adressée par leur ayeulle paternelle.
Fait en maison commune à Ros
sur Couesnon le treize fructidor an 4ème de la république
française une et indivisible ;
signé : Durand, agent ;
Duchemin, adjoint.
À Roz sur Couesnon, maison
commune, le 13 fructidor an 4."
La famille à Jersey.
[table]
A
Jersey eurent lieu plusieurs baptêmes et mariages d’enfants et petits
enfants Gouyon de Vaucouleurs dont :
-
François de Gouyon ondoyé le 8 septembre 1796, baptisé le 26
octobre 1810,
-
Alfred ondoyé le 18 décembre 1797, baptisé le 26 octobre 1810,
-
Louis Joseph Honoré né le 28 février 1799, ondoyé le 1er
mars 1799, baptisé le 24 juin 1803.
-
Zoé Adrienne mariée le 16 août 1809 à Pierre Morvan, originaire
d’Hennebont et âgé de 32 ans, fils de Pierre Morvan et Perrine Abgrall,
officier au régiment du Royal Émigré.
Un rapport de la police impériale
concernant les émigrés restés à l’étranger après l’amnistie de 1802,
nous montre : " Morvan, dit Victor d’Hennebont, né de parents aisés,
chirurgien, réfugié à Guernesey, âgé de 36 ans en 1812, marié à une
fille Gouyon de Vaucouleurs, sans état, grand causeur, qui ne jouit pas
de beaucoup d’estime de la part des autres émigrés, ayant un frère
Pascal Morvan à Hennebont, lequel entretien une correspondance avec son
frère ". D’après un bulletin de police du 6 juillet 1808, il était
tantôt à terre et tantôt sur les croisières anglaises et agissait prés
des îles de Houat et Hoëdic.
Il servait de correspondant vers
le Morbihan et était connu sous le pseudonyme de Victor.
Zoé Adrienne et Pierre Morvan
eurent trois enfants à Jersey :
-
Adélaïde Joséphine née le 20 avril 1820, baptisée le 1er
janvier 1811,
-
Victor Charles baptisé le 5 août 1811,
-
Charles Théodore baptisé le 31 décembre 1812.
Le baptême de Louis Joseph Honoré
fut célébré par M. Villeux, curé de Juvigny, diocèse de Bayeux. Le
parrain était Louis Joseph de Bourbon, prince de Condé, prince du sang,
pair et grand maître de France, qui était représenté par Messire Paul de
Mascareuc de Rivière, et comme marraine Marie Catherine de Brignolles,
princesse douairière de Monaco, épouse de Honoré III de Grimaldi duc de
Valentino et prince de Monaco représentée par demoiselle Zoë Gouyon de
Vaucouleurs. Dans l’acte de baptême figurent les noms de ces personnages
et ceux de Gouyon de Vaucouleurs : Adélaïde Gouyon de Vaucouleurs, née
du Boisbaudry, Villaux, curé de Juvigny.
Louis Joseph fut volontaire royal
en 1815 puis lieutenant d’infanterie. Il est décédé à Meillac le 10 mai
1841.
François de Gouyon fut par la
suite receveur des douanes et mourut à La Trinité sur Mer vers 1850.
Alfred de Gouyon fut lieutenant
d’infanterie en 1824 et mourut à Rennes, sans alliance, le 21 octobre
1864.
Outre ses trois fils nés à Jersey,
François Jean Servais Gouyon de Vaucouleurs avait eu, avant son
émigration, trois filles :
-
Zoé Adrienne, née à Launay-Morel, mariée, à Jersey, avec Pierre
Morvan,
-
Adélaïde Jeanne, née à Launay-Morel, mariée à François Denoual de
La Villeguimont, décédée à Meillac le 23 novembre 1847,
-
Adélaïde Désirée, née à Launay-Morel, mariée à Pierre Labbé,
capitaine d’infanterie, décédé à Saint-Georges-de-Gréhaigne le 8
février 1852.
A Jersey, la situation des nobles
était en général fort précaire, rapidement s’étaient épuisés les
quelques louis hâtivement rassemblés dans la précipitation du départ, et
bien vite la principale ressource se résuma dans l’indemnité mensuelle
de 36 livres que leur comptait le gouvernement de Jersey.
En 1794 le gouvernement anglais va
former des compagnies nobles à Jersey, deux corps d’armées sous les
commandements du Prince de Léon et de du Trésor, la compagnie commandée
par le prince de Léon rassemblant tous les gentilshommes bretons. Les
émigrés anciens officiers allaient servir de cadres aux troupes
nouvelles, parmi eux on relève le nom de Gouyon de Vaucouleurs,
lieutenant de vaisseau, entré au service en 1778.
Nombreux sont les membres de cette
grande famille des Gouyon qui émigrèrent et combattirent dans les rangs
des armées des Princes. Suivons le parcours du jeune cousin de Jean
Gervais : Gabriel Julien Servan Gouyon, né à Saint-Servan le 30 mars
1774 et demeurant à Saint-Enogat. Élève de la marine de 1788 au 30 avril
1791, il a assisté en novembre 1791 au combat contre deux frégates
anglaises ou ils eurent 12 tués et 80 blessés, d’après un certificat de
Monsieur Collemont. Il quitte Brest pour émigrer en 1792. Inscrit le 1er
mai 1792 comme volontaire dans l’infanterie du corps de marine,
commandée par le comte d’Hector, enrégimenté en 1793 à Jersey sous les
ordres du marquis du Dresnay, commandant en Bretagne dans la compagnie
de M. de Kerné ou comme il le dit dans une pièce de son dossier, " fit
partie à Jersey de la compagnie de Marine commandée par M. de Kerné,
quand on eut l’espoir de rejoindre les Vendéens qui avaient passé la
Loire ", entré en 1794 dans le corps du Prince de Léon, rentré en
Bretagne en février 1795, à servi dans l’armée royale de Bretagne
commandée par le comte de Puisaye, à la division des Côtes du Nord dont
M.M. de Boishardy et Le Veneur de la Roche ont été successivement les
commandants, d’abord comme chef de canton puis comme commandant en
second la division, à prit part à des " affaires journalières de poste
et de parti ", passé en 1796 dans la division de M. de la Baronnais,
chevalier de Saint Louis le 15 mai 1796, reçu par M. Poulain du
Reposoir, a fait la campagne de 1799-1800 dans l’armée du chevalier de
la Prévalaye.
Le courrier des
Princes. [table]
En
Bretagne, c’était la conjuration de la Rouerie, Saint-Malo en était le
centre. Il fallait un courrier entre le pays et l’Angleterre. Ce fut le
chevalier de Tinténiac. Armes et munitions arrivèrent au Clos-Poulet.
Les émigrés s’embarquaient à Saint-Cast, Le Guildo, Lancieux, Rothéneuf,
La Guimorais, dans des canots qui les conduisaient à un bateau plus
important au large des côtes.
Alors s’organisa tout un service
secret de navires, entre la France et l’Angleterre ; Bientôt ce service
se transforma, pour servir de liaison entre les émigrés et les
" brigands ". Le chef de cette correspondance pour la Bretagne fut
d’abord lord Belcare. En 1794, il eut deux remplaçants : Philippe
d’Auvergne, prince de Bouillon, et le comte Joseph de Puisaye qui à
reprit le vaste réseau de la Rouerie.
C’est la correspondance des
Princes qui sert de trait d’union pour faire passer les messages,
distribuer les faux assignats fabriqués en Angleterre, les munitions,
les armes. C’est sur Saint-Malo, Dol, Dinan, que doit se concentrer
l’effort principal des chouans.
Parmi les personnes qui vont y
jouer un rôle important, on en distingue : Armand de Chateaubriand et
François Gouyon de Vaucouleurs qui font partie du service du prince de
Bouillon et Prigent qui sert sous les ordres du comte de Puisaye.
Toute une flotte était affectée à
ce service, ses principales unités étaient l’Aristocrate, le Royaliste
et le Daphné, lougre de guerre de 22 canons qui fut commandé par
Philippe d’Auvergnes, prince de Bouillon. Si l’état de guerre le
permettait, le navire était armé en course, et monté par un nombreux
équipage.
A bord du navire se trouvait
toujours un agent en sous ordre, qui ne devait jamais descendre à terre.
Il était chargé de rendre compte du voyage, du lieu d’atterrissage, de
la date fixée, par le courrier des Princes, pour son retour.
C’est par le Clos Poulet que la
correspondance avait lieu, toutes les correspondances s’y rendaient, des
armées de l’Anjou, du Maine, du Poitou, ainsi que de Paris.
Le débarquement ne s’opérait que
par échange de signaux. Par une nuit noire et sans lune, par une mer
houleuse et un vent violent, un guetteur posté sur la falaise,
apercevait un navire louvoyant avec précaution, loin de la côte. Alors,
le guetteur agitait une lanterne sourde ou brûlait des amorces. Le
navire répondait, par un jeu de voiles, une disposition de feux ou tout
autre signe conventionnel.
Du navire se détachait une barque
légère, parfois simple yole, montée par d’habiles rameurs. Arrivés sur
la rive, ceux-ci débarquaient souvent des armes et des munitions, un
émigré qui rentrait en France, et le navire repartait ensuite avec des
personnes qui désiraient rejoindre l’Angleterre.
" On ne doute pas ",
écrivait-on le 31 mars 1793, au comité de Défense générale, " que
les émigrés entretiennent encore des relations avec l’intérieur, au
moyen de fraudeurs. Ceux-ci se servent de bateaux d’une grande légèreté,
difficiles à saisir, parce qu’ils connaissent tous les rochers et se
cachent dans les anses. "
L’un de ces fraudeurs fut Armand
de Chateaubriand, un autre François Gouyon de Vaucouleurs qui faisait
partie de la correspondance des Princes ; Son service consistait dans le
transport des émigrés en France.
Les courriers avaient tous des
pseudonymes. Chateaubriand s’appelait John Fall Terrier, Prigent
s’appelait Blondel, François de Gouyon s’appelait l’Intrépide, d’après
la liste de signalements relative aux chouans dressée en 1806, il était
aussi connu sous l’indicatif B. -...
Ces hommes remplissaient l’office
d’intermédiaire entre les bretons et les vendéens et les émigrés de
Jersey et d’Angleterre. Ils s’embarquaient, débarquaient, sur la côte
malouine, et en dépit des surveillances, traversaient les campements
républicains risquant d’être fusillés comme espion à chaque embuscade
A la date fixée par le courrier,
son navire venait cingler au point de la Correspondance convenu.
Souvent, l’attente était longue. En fin la vigie du bord signalait un
homme qui sur le rivage, faisait les signaux réglementaires. Alors une
yole s'approchait du rivage. En hâte on s’embarquait.
Les missions sur les côtes du
Clos-Poulet, de Fréhel et de Cancale, se firent par centaines dans des
conditions souvent périlleuses ; plus d’une fois les côtres furent
chassés par des canonnières françaises et revenaient sans avoir pu
communiquer.
En mai 1795 Gouyon de Vaucouleurs
et Bertin étaient débarqués en France. Ayant rencontré le général
Boishardi, ils reçurent l’ordre de passer par la Hunaudaye où ils
retrouvèrent Armand de Chateaubriand pour lui dire que le général
souhaitait qu’il retourne à Jersey pour continuer à assurer le courrier.
Ils rentrèrent donc ensemble à Jersey.
Gouyon de Vaucouleurs assurait les
missions de correspondance, le 1er mai 1796, il commandait le
Pitel qui croisait en baie de cancale. Au mois de juin, il assurait le
passage de son ami Armand à bord d’un canot armé par 6 rameurs.
Le 18 brumaire, 9 novembre 1799,
Bonaparte prend le pouvoir, dès décembre la liste des émigrés est close,
déjà un grand nombre sont rayés.
En 1802, après la défaite des
Anglais et le traité d’Amiens, un sénatus consulte accorda l’amnistie
aux émigrés. Ceux qui ne rentrèrent pas étaient ou des membres de la
maison des Princes ou des personnes exceptées formellement de l’amnistie
par le sénatus consulte comme les officiers supérieurs ou enfin quelques
anciens militaires qui n’avaient pour vivre que la petite pension
accordée par le gouvernement anglais. Pour la majorité de ceux qui
émigrèrent volontairement, l’idée dominante fut la lutte contre la
révolution. Mais dès qu’ils ont pu rentrer en France, ils l’ont fait.
François Jean Servais n’est pas
rentré, étant sur la liste de proscription dressée par Fouché, il est
resté au service des Princes qui lui procuraient les ressources
nécessaires pour assurer la subsistance de sa nombreuse famille.
Pour les émigrés qui ne devaient
pas bénéficier de l’amnistie, la situation allait devenir très
difficile, surtout que sur l’initiative de Fouché, Bonaparte avait
réclamé du gouvernement anglais l’éloignement d’un certain nombre de
ceux qui n’étaient pas autorisés à rentrer en France.
Armand de Chateaubriand accompagné
de Bertin et Richard furent compris dans cette mesure de proscription et
durent s’exiler à Londres, ce qu’ils ne firent que contraints et forcés,
sur l’ordre formel du général Gordon, gouverneur de Jersey. Ils y
retrouvèrent Gouyon de Vaucouleurs lui aussi privé de sa famille et
ruiné par la révolution.
Tous deux, n’ayant plus aucun
emploi, allèrent faire de longues flâneries dans le parc du Roi, parlant
des chers absents, des évènements politiques et surtout de la guerre
prochaine dont la déclaration serait le terme de leurs maux. Armand de
Chateaubriand disait : " Gouyon et moi nous ne sommes pas courtisans,
nous nous tenons à l’écart ". Cependant, le prince de bouillon étant de
retour à Londres, le mardi 9 novembre, Armand et Gouyon sont reçus par
le Prince, quelques jours plus, ils le pressent de négocier, auprès du
gouvernement anglais, leur retour à Jersey où ils espèrent être de
retour pour Noël. Le Prince de Bouillon subordonne leur retour à
l’engagement de ne pas retourner en France sans ordre formel. En janvier
1803 ils étaient de retour à Jersey. Le 12 mai 1803 la paix d’Amiens
était rompue et la correspondance repris entre Jersey et la France.
Après l’échec de la seconde
chouannerie, Frotté est exécuté en février 1800 et Cadoudal se réfugie à
Londres où il rejoint le clan des émigrés et entre dans le grand complot
royaliste, auquel participe Pichegru. Il débarque en Normandie en août
1803 et vient à Paris pour y préparer un groupe de chocs capable de
bousculer la garde consulaire ; mais il fut arrêté le 9 mars 1804 et
exécuté le 26 juin.
En 1806, c’est toujours par la
voie de Jersey que les émigrés réfugiés en Angleterre communiquaient
avec les royalistes de Normandie et de Bretagne. Le prince de Bouillon
employait à ces missions périlleuses quelques-uns uns des émigrés
établis à Jersey, entre autres : Louis Armand de Chateaubriand et le
comte Gouyon de Vaucouleurs, ancien officier de marine, la côte malouine
étant très familière à ces deux hommes.
Le passage se faisait à bord de
petits navires que commandaient tour à tour le comte de Gouyon et Armand
de Chateaubriand. C’était là semble t’il, une bien humble besogne pour
deux nobles gentilshommes, dont l’un, Gouyon, avait dépassé la
cinquantaine et l’autre n’en était pas loin. Mais ils s’astreignaient,
l’un et l’autre, à ce dur métier qu’à l’effet de se procurer quelques
ressources pour nourrir leur famille.
En 1808, le bureau secret de la
correspondance se trouvait à Gorey. Les paquets y étaient centralisés et
cinq agents étaient chargés alternativement de transporter en France la
correspondance secrète. Les paquets partaient de l’île une fois par
semaine, la yole qui les emportait était commandée par Jean Vicq ou
Gouyon de Vaucouleurs. Sa marche était remarquable, longtemps elle fut
convoyée par un navire appartenant au prince de Bouillon. Ce navire fit
naufrage, et son équipage fut sauvé, grâce au sang froid et au courage
de Gouyon de Vaucouleurs.
Prigent, l’agent des Princes,
originaire de Saint-Malo, accompagné de Blanchart faisait de fréquents
voyages maintenant les contacts entre les Princes, les royalistes
bretons et parisiens. L’activité de ces deux hommes éveilla les soupçons
de la police de Fouché qui était persuadé qu’une insurrection royaliste
se préparait. Fouché soupçonnant Puisaye d’en être le chef.
Le 30mars, Réal écrivait à
Fouché : " Il me paraît hors de doute que les communications des Iles de
Jersey et Guernesey se sont constamment maintenues par la voie de
Saint-Malo... ". La police s’attendait à de graves évènements.
A cette époque, le ministre de la
police adressait à l’empereur un rapport circonstancié dont voici le
résumé : " Il y a un plan d’insurrection générale organisé par Puisaye
dont les principaux complices son Bouchard, Deschamps, Guignette, Jean
Leclerc, Launay Botrel, Gouyon de Vaucouleurs ".
L’arrestation.
[table]
Le 10
janvier 1808, partait de jersey un côtre, remarquable voilier, armé en
course, portant dix canons, et monté par trente hommes d’équipage. Il
s’appelait le Drack, capitaine Ferrès. Le Drack, amenait, dissimulés
parmi les corsaires, cinq émigrés, tous les cinq émissaires du comte de
Puisaye. L’un d’eux, surnommé Blondel n’était autre que le colonel
Prigent qui avait déjà joué un rôle important dans la conspiration de La
Rouerie. Les quatre autres étaient : M.M. Gouyon de Vaucouleurs, Guignet
de Saint-Servan, Deschamps de Rothéneuf, Jean Leclerc de la Flourie et
Bouchard. Il s’agissait de rétablir, en France, les comités royalistes
analogues à ceux de 1797, en commençant par Rennes.
Le Drack, de marche rapide,
traînait à sa remorque, une longue embarcation, susceptible de naviguer
par ses propres moyens. Avec elle Prigent et ses compagnons gagneraient
la côte, à Rothéneuf. Gouyon de Vaucouleurs devait rester à bord du
Drack et retourner avec lui en Angleterre, afin de rendre compte à
Puisaye du résultat du voyage.
Arrivé en face des îles Chausey,
le Drack jeta l’ancre, pour attendre la nuit. Le vent soufflait en
tempête ; La neige tombait. Le soir venu, l’annexe du Drack alla
débarquer, sur les rochers, Prigent et ses compagnons.
Pendant dix jours, la tourmente
fit rage. Les quatre émissaires du comte de Puisaye durent se tenir
cachés dans les rochers, tandis que le Drack restait mouillé, au sud de
l’île.
Le 20 janvier, le Drack sur lequel
Prigent était remonté avec ses lieutenants, continuait sa route vers les
cotes de France. Le soir même, à sept heures, le côtre mouillait en face
la grève de Rothéneuf. Une forte patrouille passait sur la falaise et
tandis qu’elle observait le navire, son annexe glissait silencieusement
verts le rivage, et débarquait, au pied d’une haute falaise arrosée par
un ruisseau, Prigent et ses trois acolytes. Le Drack, avec Gouyon de
Vaucouleurs, regagnait Jersey.
Le sable était couvert d’une neige
épaisse, et la nuit profondément noire.
Leur intention était de
réorganiser les comités royalistes, mais commença pour les quatre
espions une terrible existence de vagabondage, de misère et de
continuels dangers ; traqués comme des bêtes, ils ne pouvaient coucher
que dans les fossés ou au fond des bois.
Le 5 septembre, las de son
existence de perpétuels dangers, épuisé, Bouchard se livre à la police
et dénonce Prigent. Dans un champ de seigle, aux environs de Dinan,
Blondel fut arrêté, avec deux de ses compagnons. Un petit berger, qui
les avait vus se cacher, dans les récoltes, désigna du doigt leur
cachette, aux gendarmes qui les cherchaient.
Arrêté, Prigent, croyant sauver sa
tête, fit des révélations qui durèrent six heures. Il dénonce tout le
système : le comité royaliste de Londres, celui de Jersey, leur
organisation, leurs projets, leurs agents, le comte de Puisaye, Armand
de Chateaubriand, le Paige de Bar, le comte de Gouyon de Vaucouleurs.
" C’est un ancien officier de marine, écrit-il à propos de celui-ci,
plein de bonne volonté, de bravoure, chargé de dettes et de famille,
quand il vient de Jersey en France il ne descend jamais à terre. À cause
de son âge et de ses infirmités, il reste sur son bateau. Il ne vient
qu’amener et chercher les espions ".
Le 11, le préfet annonce à Fouché
le transfert de Prigent à Paris. Après s’être fait expliquer par Prigent
les instructions secrètes du comte de Puisaye, dans lesquelles Gouyon de
Vaucouleurs était désigné par la lettre B, Fouché conçut le projet de
s’emparer de ce dernier, au moyen d’un guet-apens offrant une étrange
analogie avec celui qui avait été employé contre le duc d’Enghien.
Fouché organise donc un guet-apens
dont le comte de Gouyon devait être la victime. Le plan fut combiné
d’accord avec le préfet de Rennes, et il fut décidé que Bouchard
partirait à Jersey, où il se présenterait au prince de Bouillon, de la
part de Prigent. Alors il reviendrait en France, apportant les
instructions recueillies, et Gouyon de Vaucouleurs partirait l’y
chercher, au bout de quelque temps. On prendrait bien soin de convenir
du lieu et de l’époque de son débarquement.
Il fit libérer Bouchard et contre
promesse de récompense le renvoya à Jersey. Bouchard était si convaincu
que le service qu’il allait rendre à la police protégerait sa vie qu’au
lieu de rester à Jersey, il revint après s’être acquitté de sa mission.
Il joua son rôle avec une infernale adresse. Ayant en mains toutes les
preuves qu’il était l’envoyé de Prigent, il fut reçu à bras ouverts par
le prince.
Le prince lui versa généreusement
cent louis, lui remit une lettre personnelle pour Prigent et une autre
envoyée par le comte de Puisaye. Il fut entendu, au moment de son
départ, que Vaucouleurs, entre le 20 et le 25, viendrait le chercher en
péniche, sur une des grèves voisines de Saint-Malo.
Aussitôt débarqué à Saint-Malo,
Bouchard, se conformant aux instructions de Fouché, se rendit chez M.
Petit, commissaire général de la police. M. Petit pris ses dispositions,
renforça le service de surveillance des côtes, et fit placer un poste de
dix-huit gendarmes commandés par un officier, sur une grève de
Rothéneuf, où, le 21 mai, avaient étés arrêtés deux agents de la
correspondance ; Jean François Launay et Olivier Louis Botrel, venus de
Jersey, en quête de nouvelles de Prigent.
Trompé par les mensonges de
Bouchard, Gouyon partit, chargé d’aller chercher Prigent en Bretagne.
Dans la nuit du 20 au 21 juin, il
croisait depuis quelques heures dans la baie quand sur la rive, s’alluma
un fanal. Il signifiait que Vaucouleurs devait descendre à terre ;
Bouchard du rivage lui faisait signe d’approcher. Il s’approcha de cette
grève et, sans défiance, il obéit à cet appel et débarquait, ce qu’il ne
faisait jamais. Un canot monté par trois hommes, se détacha de la
péniche. Tapis dans les rochers, les gendarmes le laissèrent échouer,
sur le sable. Alors, ils se précipitèrent sur la grève et avant qu’il
put songer à se défendre, ils se saisirent de lui, tandis que les deux
marins anglais se jetaient à la mer. Les gendarmes firent feu sur la
péniche et conduisirent leur prisonnier à la maison d’arrêt de
Saint-Malo.
Le lendemain, à la pointe du jour,
le flot rejeta sur le rivage le cadavre d’un des marins qui s’était
noyé, en essayant de regagner son bord. Son camarade, entièrement nu,
était arrêté, juste au moment où il allait se jeter à l’eau, pour
rejoindre la péniche qui cinglait aux environs.
Gouyon fut conduit à Rennes ou
était concentrée l’instruction de l’affaire sous la direction du préfet.
Ce même jour, 21 juin, le commissaire de police procéda au premier
interrogatoire et écrivit en ces termes à Fouché, pour signaler Bouchard
à sa bienveillance.
" ... Bouchard a mis dans sa
conduite, une audace, une franchise et une adresse surprenante. Il
mérite plus que sa grâce, et Votre Excellence trouvera sans doute qu’il
a droit à une récompense proportionnée à ses services. Je lui ai déjà
donné diverses sommes, et me suis engagé à subvenir à ses besoins. Je ne
lui pas accordé sa liberté, parce que cela ne dépend pas de moi, mais je
lui ai permis de sortir de prison, dans la journée, à la charge pour lui
de rentrer, chaque jour, à six heures du soir, au plus tard. Je prie
Votre Excellence de ne pas désapprouver cette disposition ".
Quand napoléon n’avait plus besoin
des traîtres, il oubliait volontiers leurs services ; Prigent et
Bouchard allaient l’apprendre à leurs dépens.
À l’encontre de ceux-ci, Gouyon de
Vaucouleurs ne se départit pas un instant de la plus digne et courageuse
attitude.
Jugement - exécution.
[table]
Vainement Adèle avait envoyé à Fouché une supplique délicieusement
touchante. Vainement, des amis dévoués s’entremirent jusqu’à la fin. Le
9 juillet, de Gouyon, lui-même, s’adressa à une de ses parentes, Mme de
Matignon, demoiselle d’honneur de l’Impératrice. Celle-ci, le 14
juillet, écrivit à Fouché : " ... Le rapport de l’affaire qui l’a
fait arrêter sera sans doute de votre attribution. J’ose espérer que
vous voudrez bien le rendre le plus favorable possible, et qu’il vous
devra l’adoucissement de son sort. "
Vaines démarches ! Le cœur de
Fouché était de glace. Le 20 juillet, il écrivit au préfet d’Ille et
Vilaine qu’il était en train de préparer le grand rapport. Parlant de
Gouyon, il ajoutait : " C’est un homme pris en flagrant délit. On
sait qu’il fait depuis douze ans au moins la correspondance pour
Bouillon et les Anglais. Prigent dit qu’en raison de son âge, il
travaille peu à présent, c’est à dire qu’on le négligeait et qu’on
évitait de l’employer ".
Gouyon était pauvre. Il avait une
fille, appelée Adèle, et savait que l’odieux attentat dont il venait
d’être victime allait faire une orpheline. Ici se place un touchant
épisode, M. de Villeguimon, gentilhomme breton, apitoyé par le sort de
Melle de Gouyon que du reste il n’avait jamais vue, avait, au lendemain
de l’arrestation Gouyon de Vaucouleurs, demandé la main de sa fille.
Après l’exécution, il l’épousa.
Un décret impérial en date du 28
août 1808 traduisit les accusés, au nombre de trente six, devant le
conseil de guerre, siégeant à Rennes, sous la présidence du général
Mignotte. Ils devaient comparaître le 27 septembre
De sa prison, le 14 septembre, de
Gouyon écrivit à Fouché qu’il avait la certitude que l’Angleterre
consentirait à l’échanger, contre six cents prisonniers français et
soixante officiers, au gré de l’Empereur.
Fouché se contenta d’écrire en
marge de cette dernière supplique : " A supposer que S. M.
l’Empereur et Roi voulût bien accueillir la demande, je ne pense pas que
le gouvernement anglais attache assez d’importance à cet individu, pour
accepter les conditions qu’il propose. "
L’expédition de cette
sensationnelle affaire - émouvant chant du cygne de cette correspondance
dont Puisaye était le grand chef - commença à Rennes le 30 septembre. Le
général de gendarmerie Mignotte présidait la commission militaire. Les
accusés étaient au nombre de trente six. Sauf le comte Gouyon de
Vaucouleurs, le chirurgien Lemoine, madame de Gouyon-Beaucorps et madame
de Coniac, tous les accusés appartenaient aux plus humbles classes
sociales
(Mme
de Coniac écrivit une lettre pour dissuader les émissaires de ne point
tenter leur conspiration......)
Les débats occupèrent six
audiences. La dernière fut tenue dans la nuit. La première journée fut
consacrée aux interrogatoires. Lâche jusqu’à la fin, Prigent réitéra
toutes ses révélations et chargea tout spécialement Gouyon de
Vaucouleurs. Le lendemain, le capitaine rapporteur prononça son
réquisitoire, et les défenseurs commencèrent leurs plaidoiries, qui
prirent aussi la journée suivante.
Gouyon émut les juges par son
attitude simple et digne. Il leur parla de sa femme et de ses enfants
dont il était l’unique appui. Il ne s’était mis au service de l’agence
de Jersey que pour assurer leur existence. Il déclara que s’il obtenait
sa grâce, il demanderait à entrer dans la marine. Il promettait d’y
servir loyalement l’empereur. A cela se borna sa défense. L’avocat de
Gouyon de Vaucouleurs présenta une superbe défense. Il eut le courage de
flétrir le guet-apens qui avait amené l’arrestation de son client, et de
le comparer à celui dont on avait usé vis à vis du duc d’Enghien.
Plusieurs juges pleurèrent, à différentes reprises.
Le 3 octobre, fut rendue la
sentence. Elle prononçait onze acquittements. Quinze prévenus, parmi
lesquels M. de Gouyon-Beaucorps, une des victimes de la délation de
Prigent, étaient laissés à la disposition de la justice. Les dix
prévenus suivants étaient condamnés à mort : le colonel Prigent, Ratel,
maire de Claye, Jean Leclerc, François Launay, le comte Gouyon de
Vaucouleurs, Jules Bouchard, François Deschamps, Olivier Botrel, Tallet,
et Neveu, contumace.
Un de ces derniers, en entendant
la sentence inexorable, se sentit défaillir.
- Comment ! Mon ami, lui dit Gouyon de Vaucouleurs, en le
soutenant, j’espère que tu ne va pas ternir ta mémoire en faisant le
J. F. aujourd’hui. Prends courage et apprends de moi comment meurent
les Royalistes.
Le 3 octobre 1808 à 4 heures de
l’après midi, on conduisit les condamnés à mort au champ de Mars de
Rennes.
Sauf pour Prigent et Bouchard,
l’exécution eut lieu, à cinq heures du soir, sur le Champ de Mars " en
présence de presque toute la canaille de Rennes ". On les fusilla
" au son de la musique, devant toute la ville ", s’il faut
en croire un témoin, étudiant à la faculté. Les troupes de la garnison
étaient sous les armes et la musique militaire jouait des airs
entraînants.
Le peloton d’exécution était
commandé par l’adjudant major des Suisses.
Gouyon de Vaucouleurs, après avoir
demandé une dernière bénédiction au prêtre qui l’assistait, s’avança de
quelques pas, et, mettant la main sur son cœur :
- Frappez là ! Dit-il à l’adjudant, la main sur le cœur.
Tous avaient refusé de se mettre à
genoux, de se laisser bander les yeux et de tourner le dos aux fusils.
Gouyon, par le courage sans
forfanterie qu’il montra dans les débats, et en marchant au supplice, se
concilia, jusque parmi ses adversaires politiques, ces sympathies
qu’obtient toujours un grand cœur, même quand il s’égare.
Le général Mignotte écrivait :
" Ils ont montré de la résignation à la mort et du courage ".
Monsieur Petit, le commissaire général de police, subissant l’influence
qu’avait exercée Gouyon sur tous ceux qui l’avaient vu ou entendu,
n’avait pu malgré les difficultés de sa position, étouffer la voix de sa
conscience qui lui criait d’invoquer l’indulgence en faveur du coupable.
Si je ne craignais d’être accusé de faiblesse avait-il écrit au préfet
Bonnaut, avant la condamnation : " Gouyon de Vaucouleurs a excité
quelques regrets. Il n’y a personne qui n’approuve sa condamnation. Mais
une mesure d’indulgence aurait fait plaisir à une partie de l’ancienne
noblesse ". Et encore : " Je vous dirais encore un mot pour
le malheureux M. de Gouyon. Il mérite la mort, sans doute, mais son ton
de bravoure et de loyauté m’intéresse plus que je ne devrais peut être
l’avouer ".
Enregistrement décès, archives municipales de Rennes
:
Le 10 octobre mil huit cent huit par nous maire et officier public a été
reçue la déclaration par le… de Dulaurent Capitaine aide de Camp
du général Boyer juge Rapporteur de la Commission militaire spéciale
établie à Rennes, constatant que Jean Lecler natif de St Servan agé de
vingt deux ans ; que Jean François Deschamps natif de Rothéneuf en ce
département agé de vingt sept ans ; que François Launay natif de St
Coulomb agé de trente deux ans ; que Olivier Botrel natif de St
Méloir agé de vingt six ans ; que François Jean Servais Gouyon
Vaucouleurs natif de St Servan agé de cinquante ans ; que Michel Rastel
le Maire de Claye natif de Claye agé de trente six ans ; que Charles
Brillet natif de St Servan agé de soixante sept ans tous décédés à
Rennes le trois de ce mois quatre heures du soir. Nous avons dressé le
présent sous notre seing.
Prigent et Bouchard tombèrent, à
leur tour, le 11 octobre, sous les balles de Bonaparte. Avec eux
finissait, en réalité, la Correspondance du comte de Puisaye.
Restait celle du prince de
Bouillon qui avait encore son plus hardi champion : Armand de
Chateaubriand.
A la fin de 1808, chargé d’une
mission, jeté par une tempête sur les côtes de Normandie à Bretteville
sur Ay, Armand de Chateaubriand, compagnon de M. Gouyon de Vaucouleurs,
courrier des Princes, eut lui aussi une fin tragique. Dans la barque
fracassée, Armand avait perdu connaissance, ayant perdu l’usage de ses
jambes, il fut arrêté et emprisonné à Coutances. Il n’était pas encore
reconnu, malheureusement on découvrit sur la grève un paquet contenant
des documents dont la lecture le fit reconnaître. Conduit à Paris, sur
un rapport de Fouché, il y fut jugé et condamné à mort. Malgré les
démarches de son cousin et de personnes très haut placées dont
l’impératrice Joséphine, napoléon refusa de gracier Armand. Il fut
fusillé le 30 mars 1809 sur la place de Grenelle, avec son ami Gouyon de
Vaurouault, et Quintal, son matelot. René de Chateaubriand, son cousin,
suivit seul, sous la neige, la charrette qui conduisit " l’ami des
vagues " au cimetière de Vaugirard.
Le retour à la paix.
[table]
La
paix civile proposée par Bonaparte entraîna le retour massif des émigrés
supportant de plus en plus mal leur exil. On rentre d’autant plus
promptement que l’on voudrait récupérer la part de son patrimoine
séquestrée par l’état et pas encore vendue. Une fois radiés de la liste
des émigrés on s’efforce de se faire rétrocéder ou de racheter celles
des propriétés qui ont été vendues. Pour cela la noblesse a du souvent
s’endetter et les rentes que lui apporte la loi du milliard des émigrés
votée sous Charles X (1825) viendront les aider à surmonter leurs
difficultés de trésorerie.
Cependant madame Gouyon se
trouvait toujours à Jersey ne pouvant rentrer en France.
Le 9 janvier 1816, Escallot maire
de Roz sur Couesnon écrit au préfet pour lui demander l’acte de
radiation d’Adélaïde de Boisbaudry que le défaut de moyens d’existence
en France oblige encore à rester à jersey. Au moyen duquel il espère
revendiquer la propriété de cette dame " échappée à la rapacité du
gouvernement républicain " et que sa belle sœur a vendu.
" Ros sur Couesnon le 9 janvier 1816.
Monsieur,
Je suis persuadé du plaisir
que vous avez à rendre service, surtout aux malheureuses victimes de la
révolution, que j’ose réclamer auprès de vous, l’acte de radiation de la
liste des émigrés, de Madame Adélaïde Renée du Boisbaudry, veuve de
l’infortuné M. de Gouyon de Vaucouleurs, qui a dû avoir lieu après le
traité d’Amiens, et qui est sans doute, dans vos bureaux, au moyen
duquel j’espère revendiquer la seule propriété de cette dame, (que le
défaut de mayens d’existence en France, oblige encore de demeurer à
jersey), échappée à la rapacité du Gouvernement Républicain et que sa
belle sœur a vendue. Je vous prie donc, monsieur, de vouloir bien me
faire parvenir cet acte le plutôt possible, dans les pacquêts dont je
vous serai redevable, ainsi que la voye par laquelle je devrai vous là
faire parvenir.
J’ai l’honneur d’être avec respect,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
signé : Escallot, maire à Ros sur Couesnon ".
Le 17 janvier 1816 il a été
répondu à Mr Escallot que l’acte qu’il réclame à été signé par le
ministre de la justice le 3 ventôse an 11(22 février 1803), et qu’il a
été remis dans le temps sur reçu, à M. Ameline, avocat à Rennes.
Le maire de Saint-Servan écrivait
au préfet d’Ille et Vilaine le 17 février 1816 pour lui demander un
certificat par lequel madame Gouyon n’a point été rayée de la liste des
émigrés avant la paix de 1814.
" A Monsieur le Comte d’Allonville, Préfet du
département d’Ille et Vilaine.
Monsieur le Préfet,
La famille de Mr Gouyon Vaucouleurs, qui est
mort pour la cause de notre bien aimé monarque, ayant besoin d’un
certificat constatant qu Madame épouse Gouyon (née Adélaïde de
Boisbaudry) n’a point été éliminée de sur la liste des émigrés avant la
paix de 1814, j’ose vous prier, monsieur le Préfet, de vouloir bien
avoir la bonté de m’adresser cette pièce le plutôt qu’il vous en sera
possible.
J’ai l’honneur d’être avec respect.
Monsieur le Préfet,
Votre très humble et très obéissant serviteur.
signé : Bougourd. "
De retour en France Mme de Gouyon
s’est efforcé de récupérer ses biens.
Launay-Morel fut rendu, par
ordonnance du 10 février 1819, à la veuve Gouyon de Vaucouleurs, Dame
Adélaïde Renée du Boisbaudry qui résidait alors à Saint-Malo. Une action
entreprise par l’hôpital du Rosais pour conserver ce bien n’eut pas de
suite.
Le 15 février 1819, à
Roz-sur-Couesnon, à lieu le mariage d’Alexandrine Désirée de Gouyon de
Vaucouleurs avec Pierre Guillaume Labbé, âgé de 32 ans, de
Saint-Georges-de-Gréhaigne, lieutenant au troisième bataillon de la
légion de Corrèze. Mariage autorisé par permission du ministère de la
guerre en date du 23 janvier 1819.
Est présent à son mariage, son
frère François de Gouyon, propriétaire, domicilié à Roz.
Après l’exécution de son père,
Adélaïde Jeanne Gouyon de Vaucouleurs épousa monsieur Denoual de la
Villeguimon et ils habitèrent à Meillac le château de la Villeguimon.
Monsieur Denoual décède à la
Villeguimon le 24 mai 1835. Adélaïde Jeanne décédera dans sa maison au
bourg de Meillac où elle s’était retirée le 23 novembre 1847.
Honoré Gouyon de Vaucouleurs,
lieutenant en retraite, frère d’Adélaïde, se retira à Meillac et vint
habiter la Villeguimon avec sa sœur ; il y décède le 10 mai 1841.
Adélaïde Renée du Boisbaudry veuve
Gouyon décèdera à Pontorson le 18 août 1834.

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